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Tous les chemins mènent à Rome

Tous les chemins mènent à Rome

A l'abri des remparts

A l'abri des remparts

Le plan de Paris de Belleforest

Le plan de Paris de Belleforest

Le pont-neuf

Le pont-neuf

Paris, ville ouverte

Paris, ville ouverte

Haussmann : ministre de Paris

Haussmann : ministre de Paris

Tout communique !

Tout communique !

La rue passagère

La rue passagère

Tu me fais tourner la tête...

Tu me fais tourner la tête...

Tous dans la rue !

Tous dans la rue !

Les processions

Les processions

De la ligue à la fronde

De la ligue à la fronde

Battre le pavé

Battre le pavé

En avant, marche !

En avant, marche !

Rude, la République !

Rude, la République !

Faites la fête !

Faites la fête !

Le boulevard du crime

Le boulevard du crime

Le carnaval

Le carnaval

La rue laborieuse

La rue laborieuse

Les colporteurs

Les colporteurs

Autour de la Halle

Autour de la Halle

Le Service du Pavé

Le Service du Pavé

Des boueux aux éboueurs

Des boueux aux éboueurs

Sous le macadam, les pavés

Sous le macadam, les pavés

Fiat lux

Fiat lux

Dormez en paix, braves gens !

Dormez en paix, braves gens !

La rue policée

La rue policée

Rude, la République !

Le confortement de la IIIème République, après 8 années de dépression collective (défaite de 70, la Commune et son écrasement, les querelles médiocres des orléanistes et des légitimistes), jette dans la rue des centaines de milliers de parisiens à l'occasion de la cérémonie de clôture de l'Exposition Universelle de 1878.

Le drapeau tricolore, éminemment symbolique après la ridicule controverse des monarchistes à son sujet, pavoise tout Paris.
On danse, on chante, on défile pendant 24 heures : la France se réveille républicaine !

La fête républicaine supplante la procession religieuse

Des coups de canon me réveillèrent dès l'aurore. Sous prétexte de célébrer la liberté, on trouble le sommeil des gens, quelle que soit leur opinion. Des gamins répondirent à l'artillerie officielle en faisant éclater des pétards dans la rue.
Il fallut me lever.

Je sortis. La ville était en gaieté, déjà. Les bourgeois venaient sur leurs portes et regardaient les drapeaux d'un air heureux. On riait, on s'était levé pour la fête, enfin !

Le peuple était en fête, Pourquoi ? Le savait-il ? Non.
On lui avait annoncé qu'il serait en fête ... il était en fête, ce peuple. Il était content, il était joyeux. Jusqu'au soir il demeurerait ainsi en allégresse, par ordre de l'autorité, et demain ce serait fini. [...]

J'errai dans les rues jusqu'à l'heure où la joie publique devint intolérable. Les orphéons mugissaient, les artifices crépitaient, la foule s'agitait, vociférait. Et tous les rires exprimaient la même satisfaction stupide.

Je me trouvai, par hasard, devant l'église dont j'avais vu de loin, la veille, les deux tours. J'y entrai. Elle était vide, haute, froide, morte. Au fond du chœur obscur, brillait, comme un point d'or, la lampe du tabernacle. Et je m'assis dans ce repos glacé.

Au-dehors j'entendais, si loin qu'elles semblaient venues d'une autre terre, les détonations des fusées et les clameurs de la multitude. Et je me mis à regarder un immense vitrail qui versait dans le temple endormi un jour épais et violet.
Il représentait aussi un peuple, le peuple d'un autre siècle célébrant une fête d'autrefois, celle d'un saint assurément. Les petits hommes de verre, étrangement vêtus, montaient en procession le long de la grande fenêtre antique. Ils portaient des bannières, une châsse, des croix, des cierges, et leurs bouches ouvertes annonçaient des chants. Quelques-uns dansaient, bras et jambes levés.
Donc à toutes les étapes du monde, l'éternelle foule accomplit les mêmes actes. Autrefois on fêtait Dieu, aujourd'hui on fête la République !

Guy de Maupassant, Jour de fête , 1886, in Contes et nouvelles.

La rue Montorgueil, fête du 30 juin 1878, Claude Monet.
La rue Montorgueil, fête du 30 juin 1878

Il existe deux tableaux de Monet à peu près identiques sur le même sujet : la fête du 30 juin 1878 célébrant la fin de l'exposition universelle. L'un montre La Rue Saint Denis, et l'autre La Rue Montorgueil, toutes deux en plongée, vues du haut d'un balcon, toutes deux pavoisées de drapeaux tricolores.

La touche impressionniste permet à Monet de suggérer l'agitation de la foule en liesse et le flottement des drapeaux dans le vent. En même temps, par ces deux tableaux tricolores, le peintre précise son penchant pour la République (nous ne sommes qu'en 78) et la démocratie.

Il fonctionne comme une contine, sur trois notes principales, et c'est peut-être cet aspect musical qui plut au compositeur ambertois Emmanuel Chabrier qui l'acheta. Sur le même sujet, Manet a peint un tableau beaucoup plus mélancolique (La Rue Mosnier aux drapeaux), où l'on découvre une rue presque vide, mais où le point de vue du peintre est celui du badaud. Monet, lui, adopte une attitude -comment dire ?- aristocratique : il ne se mêle pas à la liesse populaire et adopte un point de vue nos seulement distancié, mais dominant.

Claude Monet

Claude Monet naît à Paris le 14 novembre 1840, mais ne reste que cinq ans dans la capitale. Ses parents déménagent en 1845 au Havre où ils prennent un commerce d'articles coloniaux. Adolescent, il expose ses caricatures dans les magasins de dessin de la ville. C'est par ce biais qu'il rencontre Eugène Boudin avec qui il commence à peindre des paysages. Refusant l'académisme de l'écoles des Beaux-Arts diu Havre, il part suivre les cours de l'Académie Suisse à Paris où il rencontre Pissarro et Cézanne. Revenu au Havre après son service militaire, il complète sa formation avec Boudin et le Hollandais Jongkind, avant de retourner à Paris dans l'atelier de Charles Gleyre où il rencontre Sisley, Bazille et Renoir.

Dans les années 60, Monet et ses amis fréquentent Manet et Zola au café Guerbois, voient leurs oeuvres refusées à tous les Salons, cherchent des motifs nouveaux autour de Paris, et vivent une grande pauvreté. En 1869, Monet et Renoir réalisent à Bougival les premières peintures à petites touches, préfigurant l'Impressionnisme. L'année suivante, Monet épouse Camille, son modèle, avec qui il a déjà un fils, Jean, né en 1867. En 1874, fatigués des refus officiels, les jeunes peintres organisent leur propre salon dans l'atelier du photographe Nadar, où Monet montre Impression Soleil levant, tableau qui donnera (par dérision) le nom au groupe.

Les années 70 ressemblent aux années 60: Monet peint des merveilles et crève la faim. Il vit en province (Argenteuil, Vetheuil) où la vie est moins chère. Il voyage à Londres, sur les traces de Turner et y rencontre Whistler qui devien son ami. En 1879, Camille meurt. Monet déménage à Poissy, puis en 1883 à Giverny, où il restera jusqu'à sa mort le 5 décembre 1926. Là, il connaît le succès à partir de la fin des années 80 (grâce, notamment à son ami le critique Octave Mirbeau), achète la propriété en 90, se remarie avec Alice en 92, et commence l'installation du jardin, de l'étang couvert de nymphéas, et des grands saules, qu'il ne cessera plus de peindre jusqu'à sa mort.

© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski